Patrice Motsepe n’a pas souri. Le milliardaire sud-africain, souvent rayonnant sur les photos officielles aux côtés des dignitaires, avait la mine d’un homme qui venait de stabiliser une balance particulièrement fragile. « Nous avons connu un succès considérable », a-t-il lancé devant la 47ᵉ Assemblée générale ordinaire de la CAF. Trois ans plus tôt, la formule serait passée pour de la fanfaronnade. Cette fois, il avait les preuves.
Pendant des années, la Confédération africaine de football s’est définie par ses déficits : un géant sans le sou, assis sur une mine d’or de talents. Motsepe, magnat des mines qui a bâti sa fortune avant de se tourner vers le football en tant que propriétaire des Mamelodi Sundowns, est arrivé à la présidence de la CAF avec un plan pour remettre de l’ordre dans la maison continentale.
Le redressement
La stratégie était audacieuse. Le règlement du litige avec Lagardère — 50 millions de dollars versés fin 2024 — a été douloureux, mais nécessaire : une indemnité de rupture pour reprendre la main sur l’inventaire commercial du continent, qui pouvait ensuite être découpé, reconditionné et vendu bien plus cher que la rente fixe versée par Lagardère. Le pari a payé. Les revenus des compétitions ont bondi à 148,62 millions de dollars en 2023-2024, contre 75,86 millions l’année précédente, et les revenus commerciaux ont explosé à 125,2 millions. Le rapport annuel de la CAF chiffre les recettes nettes de la CAN 2023 à environ 72 millions de dollars, un net progrès par rapport aux éditions précédentes et un moteur essentiel du redressement financier.
L’argent parle
Sous Motsepe, la CAF a fait grimper les primes à un rythme soutenu : le vainqueur de la CAN empoche désormais 7 millions de dollars, soit 40 % de plus, pour une dotation totale de 32 millions répartie entre 24 nations, avec des primes nettement relevées pour les équipes les moins bien classées. Il a brisé le vieux duopole audiovisuel de Canal+ et MultiChoice en propulsant New World TV, diffuseur basé au Togo, dans 46 pays, contraignant les acteurs en place à surenchérir.
Des salles de conférence de Kinshasa aux loges VIP de Rabat, Motsepe a remis de l’ordre dans la maison CAF.
Les montants restent loin des fortunes des compétitions européennes — le vainqueur de l’Euro 2024 a empoché 8 millions d’euros —, mais la trajectoire ne fait aucun doute. Le football africain réduit l’écart. Sous Patrice Motsepe, le football continental est enfin ouvert aux affaires.
Sources et pour aller plus loin
Documents publics et articles de presse utilisés pour vérifier cet article. Les liens renvoient vers la source originale.
- 01
CAF, rapport annuel 2023-2024
- 02
CAF : le retour à la rentabilité
- 03
CAF : budget 2024-2025
- 04
CAF : la réduction des pertes de l’exercice précédent
Version originale publiée en anglais dans Football Business Africa, numéro 03 · oct.–déc. 2025. Lire la version anglaise ↗





