Enfin dans le vert

Pendant des années, le football africain a saigné. Le voilà enfin bénéficiaire. Alors que 24 nations débarquent au Maroc pour la CAN 2025, la vraie histoire ne se résume pas au nom du vainqueur : elle tient dans un bénéfice de 9,48 millions de dollars, signe d’un réveil commercial. Reste à savoir s’il survivra au coup de sifflet final.

La courbe commerciale de la CAN : infographie Kobo Sport Magazine
La courbe commerciale de la CAN. Source : CAF, 2026. Infographie : Kobo Sport Magazine. Cliquez ou touchez pour agrandir.

À Kinshasa, l’air de la salle de conférence était lourd, mais les chiffres projetés à l’écran avaient de quoi rafraîchir l’atmosphère : pour la première fois depuis des années, ils s’affichaient en noir, et non plus en rouge.

Patrice Motsepe n’a pas souri. Le milliardaire sud-africain, souvent rayonnant sur les photos officielles aux côtés des dignitaires, avait la mine d’un homme qui venait de stabiliser une balance particulièrement fragile. « Nous avons connu un succès considérable », a-t-il lancé en octobre dernier devant la 47ᵉ Assemblée générale ordinaire de la CAF.

Trois ans plus tôt, la formule serait passée pour de la fanfaronnade. Cette fois, il avait les preuves.

Pendant des années, la Confédération africaine de football (CAF) s’est définie par ses déficits : un géant « sans le sou », assis sur une mine d’or de talents.

Pourtant, à quelques jours du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations 2025 au Maroc, le récit a changé. L’institution affiche un bénéfice net de 9,48 millions de dollars, un virage net après l’hémorragie financière du passé.

Tandis que le continent converge vers le Maroc, la question n’est pas seulement de savoir qui soulèvera le trophée le 18 janvier. Il s’agit d’une autre victoire : la preuve que le football africain est enfin ouvert aux affaires.

Le règlement du litige avec Lagardère — 50 millions de dollars versés fin 2024 — a été douloureux, mais nécessaire. Pour l’équipe de Motsepe, il s’agissait d’une « indemnité de rupture » permettant de reprendre la main sur l’inventaire commercial du continent. Le pari stratégique : des droits libérés de toute contrainte pouvaient être découpés, reconditionnés et vendus bien plus cher que la rente fixe versée par Lagardère.

Le pari a payé. Selon les états financiers audités de la CAF, les revenus des compétitions ont atteint 148,62 millions de dollars en 2023-2024, contre 75,86 millions l’année précédente, tandis que les revenus commerciaux grimpaient à 125,2 millions. La CAF a déclaré environ 72 millions de dollars de recettes nettes pour la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, un net progrès par rapport aux éditions précédentes.

La carotte à 7 millions de dollars

L’argent parle. Et pour les 24 fédérations qui débarquent au Maroc, la prime de résultat est bien plus qu’un bonus : c’est souvent la frontière entre solvabilité et crise. Sous l’ère Motsepe, la CAF a fait grimper la dotation à un rythme soutenu. Le vainqueur de la CAN 2025 empochera 7 millions de dollars, soit 40 % de plus que les 5 millions versés lors de l’édition 2021 au Cameroun. La dotation totale atteint désormais 32 millions de dollars, répartis entre les 24 nations engagées.

Patrice Motsepe n’a pas souri. Mais cette fois, il avait les preuves.

Point crucial, la CAF a relevé les primes des équipes les moins bien classées. Une sélection éliminée en quarts de finale touche désormais 1,3 million de dollars, tandis que les équipes classées troisième ou quatrième de leur groupe reçoivent

respectivement 700 000 et 500 000 dollars. Pour une nation comme le Cap-Vert ou la Mauritanie, la

prime garantie de 700 000 dollars est une manne capable de financer pendant une saison entière les programmes jeunes de la fédération.

La hausse ne s’arrête pas à la CAN. La prime du vainqueur de la Ligue des champions TotalEnergies de la CAF a bondi de 60 %, à 4 millions de dollars. À la CAN féminine (WAFCON), le Nigeria, sacré championne, a empoché 1 million de dollars — le double de l’édition précédente. La dotation globale de la WAFCON a progressé de 45 %, à 3,475 millions de dollars.

Il faut toutefois remettre ces chiffres en perspective. Historiques pour le football africain, ils restent loin des fortunes des compétitions européennes. Le vainqueur de l’Euro 2024 a touché 8 millions d’euros (8,8 millions de dollars), et la Copa América 2024 offrait 18 millions de dollars à son champion. Mais la trajectoire ne fait aucun doute : le football africain réduit l’écart.

Les piliers commerciaux

D’où vient réellement l’argent ? Le budget 2025-2026 de la CAF apporte une réponse claire : le sponsoring et les droits médias forment désormais les deux piliers de l’architecture commerciale du football africain.

Pour l’exercice 2025-2026, la CAF table sur des revenus totaux de 312,85 millions de dollars, soit une hausse de 88 % par rapport aux revenus de l’exercice 2023-2024.

TotalEnergies, le partenaire pivot

La relation commerciale la plus décisive du football africain lie la CAF au géant français de l’énergie TotalEnergies. Lancé en 2016 et renouvelé en 2025 pour quatre années supplémentaires, ce partenariat fait de TotalEnergies le sponsor-titre de toutes les grandes compétitions de la CAF.

Le redressement de la CAF montre que le football africain sait transformer audience, sponsoring et droits en valeur commerciale durable.

Si certains comptes rendus ont fait circuler des montants allant jusqu’à 1,125 milliard de dollars, une analyse financière prudente évalue la valeur directe du sponsoring entre 250 et

300 millions de dollars sur le cycle de quatre ans. Même à ce niveau, il reste l’un des contrats de sponsoring sportif les plus lucratifs des pays du Sud.

Le portefeuille de sponsors s’est considérablement étoffé. Le nombre de sponsors et partenaires de la CAF est passé de 10 en 2021 à 17 en 2023. Parmi les partenaires mondiaux figurent désormais Puma, Visa, Orange, 1xBet, Royal Air Maroc, Tecno et l’Union européenne. Parmi les sponsors officiels : QNET, Rexona, Danone, la LONACI, APSONIC, Midea, AGL et La Vache qui rit.

La révolution des droits TV

Si le sponsoring est un pilier, les droits de diffusion sont l’autre. Le cycle 2023-2025 a connu le plus grand bouleversement de l’histoire des médias sportifs africains. Pendant des décennies, la carte audiovisuelle du continent était figée.

Le groupe MultiChoice (via SuperSport) dominait les marchés anglophones et lusophones, tandis que Canal+ régnait sur l’Afrique francophone.

Fin 2023, ce duopole a volé en éclats lorsque la CAF a annoncé un accord historique avec New World TV (NWTV), diffuseur basé au Togo, pour des droits exclusifs dans 46 pays d’Afrique subsaharienne.

La stratégie a fonctionné. En faisant émerger un troisième acteur, la CAF a contraint les géants en place à surenchérir. La CAN 2023 a été diffusée dans 180 pays, avec des contrats majeurs signés avec Sky Sports au Royaume-Uni et Band TV au Brésil. La BBC a retransmis une sélection de matchs, faisant entrer le tournoi dans la conversation culturelle grand public outre-Manche.

Pour l’exercice 2025-2026, les revenus TV et médias sont projetés à 81,2 millions de dollars, soit une croissance de 7 % sur un an et de 21 % par rapport à la précédente année de CAN. Ces revenus reposent sur des contrats entièrement signés : ils sont donc garantis.

Documentation

Sources et pour aller plus loin

Documents publics et articles de presse utilisés pour vérifier cet article. Les liens renvoient vers la source originale.

  1. 01

    CAF, rapport annuel 2023-2024

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  2. 02

    CAF : le retour à la rentabilité

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  3. 03

    CAF : la croissance commerciale de la CAN 2025

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  4. 04

    Reuters : les revenus de la CAN en hausse de 90 %

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Version originale publiée en anglais dans Football Business Africa, numéro 03 · oct.–déc. 2025. Lire la version anglaise ↗