En Afrique, le football est le sport le plus diffusé, et les droits de ses compétitions sont un actif clé. Derrière leurs écrans de télévision et de smartphone, des millions de passionnés vibrent au rythme de matchs palpitants. Cette ferveur a fait du continent un marché de plus en plus lucratif pour les droits de diffusion télévisée et de streaming.

Le moteur d’audience de la CAN : infographie Kobo Sport Magazine
Le moteur d’audience de la CAN. Source : CAF, 2026. Infographie : Kobo Sport Magazine. Cliquez ou touchez pour agrandir.

Kobo Sport Magazine plonge dans le paysage mouvant de la diffusion du football sur le continent : tendances récentes, acteurs clés, contrats et chiffres qui façonnent l’industrie.

Tendances

Si les détails financiers des contrats de diffusion restent souvent confidentiels, plusieurs grandes tendances et chiffres éclairent le paysage économique de la diffusion du football africain :

Des droits qui prennent de la valeur : la valeur des droits de diffusion du football africain progresse régulièrement, portée par la popularité croissante du jeu et une concurrence de plus en plus vive entre diffuseurs. La tendance se lit dans la hausse des audiences de compétitions comme la Ligue des champions de la CAF, en progression de plus de 25 % en Afrique du Nord et de plus de 40 % en Afrique de l’Est et australe sur la saison 2023-2024. Cette croissance s’explique par une population jeune en plein essor, la hausse du pouvoir d’achat et un meilleur accès aux technologies sur le continent.

Les championnats locaux gagnent du terrain : l’investissement dans les championnats locaux progresse, des diffuseurs comme Azam ou StarTimes ayant pris la mesure de l’attrait croissant des compétitions nationales. Une tendance qui traduit l’envie de mettre en valeur les talents du cru et de renforcer le lien avec les communautés locales.

Les plateformes de streaming : MultiChoice a lancé Showmax, un service de streaming proposant du sport en direct, dont les 380 matchs de Premier League, contre un abonnement mensuel. Une initiative qui reflète l’essor de la consommation numérique et offre aux supporters plus de souplesse. Showmax Pro, la filiale streaming sport de MultiChoice, a vu son nombre d’abonnés bondir de 111 % en 2022. Cette croissance a débuté en octobre 2022, lorsque la plateforme a annoncé la diffusion intégrale de la Coupe du monde et des baisses de prix pour l’occasion. Depuis février 2024, Showmax diffuse les matchs de Premier League sur son service OTT.

Environ 45 chaînes gratuites se sont associées à la CAF pour diffuser la CAN 2023, touchant un public dans quelque 180 pays.

Qui est qui ?

Le marché africain de la diffusion du football mêle géants internationaux établis, acteurs locaux émergents et puissances panafricaines, sur fond de concurrence acharnée. Cette concurrence stimule l’innovation et offre aux téléspectateurs un choix plus large. Parmi les principaux acteurs :

SuperSport : propriété de MultiChoice, SuperSport domine le marché de la télévision payante en Afrique subsaharienne. Il détient un vaste portefeuille d’événements sportifs, dont la Premier League anglaise, et a obtenu les droits des compétitions interclubs de la CAF : Ligue des champions, Coupe de la Confédération, Ligue des champions féminine et Supercoupe. Ces derniers mois, les rumeurs d’un rachat du diffuseur sud-africain par Canal+ se sont multipliées. Ce serait le plus grand bouleversement du secteur.

Canal+ : acteur majeur en Afrique francophone, Canal+ propose une large offre sportive dans ses bouquets payants. Si le rachat tant évoqué de SuperSport se concrétise en 2025, comme l’anticipent de nombreux experts, le groupe français se retrouverait en position dominante et sans équivalent.

La valeur des droits du football africain grimpe vite — et la bataille pour les obtenir ne fait que s’intensifier.

beIN SPORTS : le groupe basé à Doha domine le marché arabophone d’Afrique du Nord. beIN s’est publiquement brouillé ces dernières années avec la Confédération africaine de football au sujet de la diffusion de la CAN et d’autres compétitions, et semble depuis s’être quelque peu retiré du continent.

StarTimes : entreprise à capitaux chinois basée au Rwanda, StarTimes s’est imposée comme un concurrent de poids grâce à des bouquets plus abordables et à l’acquisition des droits de championnats locaux à travers le continent.

Azam TV : opérateur tanzanien dont les investissements dans le football en Tanzanie et au Kenya ont joué un rôle décisif dans les progrès récents en Afrique de l’Est. En Tanzanie, Azam TV, qui avait acquis les droits du championnat en 2017 pour 2,1 millions de dollars, a renouvelé l’accord en mai 2021 pour environ 10 millions de dollars par an — un investissement colossal à l’échelle régionale.

New World TV : basé au Togo, NWTV a réalisé une percée spectaculaire en obtenant les droits de grandes compétitions de la CAF, dont la Coupe d’Afrique des nations (CAN), pour l’Afrique subsaharienne. En 2022, New World TV a créé la surprise en remportant les droits de la Coupe du monde 2022 pour l’Afrique francophone, pour 15 millions d’euros. Le diffuseur détient désormais aussi les droits de la CAN pour les pays anglophones (2024 et 2026), de l’Euro masculin de l’UEFA (2024 et 2028), de la FA Cup anglaise dans 17 pays africains, de la Ligue des nations de 2022 à 2027 et des qualifications de la zone Europe pour la Coupe du monde 2026.

Les diffuseurs publics : des chaînes nationales comme la South African Broadcasting Corporation (SABC) ou la Zambia National Broadcasting Corporation (ZNBC) jouent un rôle crucial en garantissant un accès gratuit aux grands rendez-vous du football.

IMG : cette agence mondiale de marketing sportif joue un rôle important dans la négociation des contrats de diffusion d’événements comme la CAN, signe de l’implication des agences sur le marché des droits.

Au-delà de ces contrats, les accords de diffusion des championnats nationaux du Ghana, du Kenya et de la Zambie avoisineraient chacun le million de dollars par an.

L’impact

La hausse des investissements dans les droits de diffusion a un impact profond sur le développement du football africain, bien au-delà des gains financiers des diffuseurs et des sponsors :

Un seul nouveau venu togolais a fait voler en éclats un duopole audiovisuel vieux de plusieurs décennies.

Des revenus pour les fédérations : les contrats de diffusion leur apportent des ressources essentielles pour investir dans les infrastructures, les programmes jeunes et le soutien aux sélections nationales. Cet apport financier consolide les fondations du football africain et favorise sa croissance à tous les niveaux.

Une visibilité et un rayonnement mondiaux accrus : une diffusion plus large des championnats et tournois africains met davantage en lumière les talents du continent sur la scène mondiale. De quoi ouvrir aux joueurs plus de portes vers des contrats internationaux et faire décoller leur carrière.

La création d’emplois : l’audiovisuel crée de nombreux emplois dans des domaines variés — production, commentaire, technique, marketing. Une dynamique qui contribue au développement économique et offre de précieux débouchés dans le secteur du sport.

La promotion des contenus locaux : les contrats de diffusion comportent souvent des clauses de production locale, ce qui développe l’industrie télévisuelle africaine et fait éclore des talents locaux dans les métiers de la diffusion et de la production.

Perspectives

Plusieurs grandes tendances devraient façonner l’avenir de la diffusion du football en Afrique :

L’essor des plateformes numériques : services de streaming et plateformes en ligne séduisent de plus en plus de supporters en quête de souplesse et de confort. La tendance devrait se poursuivre à mesure que la pénétration d’internet progresse et que la technologie mobile se démocratise sur le continent.

L’accent sur les contenus locaux : certains diffuseurs (comme Azam TV en Tanzanie) investissent de plus en plus dans les championnats et compétitions locaux, conscients de leur attrait croissant et de l’envie des supporters de suivre les talents du cru. Une tendance qui devrait renforcer encore les championnats locaux et contribuer au développement global du football africain.

Concurrence et concentration : le marché devrait connaître une concurrence soutenue et une possible concentration, les grands acteurs cherchant à étendre leur portée et leurs parts de marché. Cette dynamique pourrait déboucher sur des fusions-acquisitions et redessiner le paysage audiovisuel. Le rapprochement attendu entre MultiChoice et Canal+, par exemple, pourrait profondément transformer le secteur.

Documentation

Sources et pour aller plus loin

Documents publics et articles de presse utilisés pour vérifier cet article. Les liens renvoient vers la source originale.

  1. 01

    CAF : la croissance commerciale de la CAN 2025

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  2. 02

    CAF : la croissance de l’audience internationale

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  3. 03

    PwC : perspectives des médias et du divertissement en Afrique

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  4. 04

    GSMA : Mobile Economy Africa 2025

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Version originale publiée en anglais dans Football Business Africa, numéro 01 · janv.–févr. 2025. Lire la version anglaise ↗