De la Tanzanie à l’Afrique du Sud, du Maroc au Nigeria, l’industrie du football africain vit une transformation remarquable, portée par une croissance soutenue et des perspectives prometteuses. Kobo Sport Magazine passe en revue les tendances, la croissance et les opportunités qui dessinent son avenir.

L’économie du sport africain : infographie Kobo Sport Magazine
L’économie du sport africain. Source : Oliver Wyman · ONU. Infographie : Kobo Sport Magazine. Cliquez ou touchez pour agrandir.

Le marché du sport africain connaît une forte croissance et s’apprête à changer d’échelle dans les années à venir. Si l’industrie du sport ne représente aujourd’hui qu’environ 0,5 % du PIB africain, contre 2 % au niveau mondial, le marché du football en particulier montre des signes très prometteurs. Les experts estiment que sa valeur actuelle, plus de 12 milliards de dollars, pourrait plus que doubler pour dépasser 20 milliards d’ici 2035. Une croissance attendue qui tient à la conjonction de plusieurs facteurs :

Une population jeune et en plein essor : avec 70 % de ses habitants âgés de moins de 30 ans, l’Afrique a la population la plus jeune du monde. Cette démographie se traduit par une base de supporters immense et enthousiaste, qui alimente la demande de produits et de services liés au football.

La hausse du pouvoir d’achat : avec la croissance et l’urbanisation des économies africaines, le revenu disponible progresse lui aussi. De quoi augmenter les dépenses de loisirs et de divertissement, football compris.

Les avancées technologiques : la diffusion massive d’internet et des smartphones a ouvert de nouvelles voies pour mobiliser les supporters et générer des revenus. Plateformes numériques, services de streaming et réseaux sociaux révolutionnent la manière dont les supporters consomment le football et interagissent avec lui, offrant aux clubs et aux championnats des moyens innovants de toucher leur public et de monétiser leur offre.

L’investissement dans les infrastructures : conscients du besoin d’installations de qualité, les pays africains investissent de manière stratégique dans les infrastructures sportives, des stades ultramodernes aux centres d’entraînement. La Côte d’Ivoire a ainsi investi 3 200 milliards de francs CFA (environ 4,8 milliards d’euros) dans les infrastructures de la CAN 2023.

Le succès des joueurs africains sur la scène mondiale : l’émergence de footballeurs africains de premier plan dans les grands championnats a considérablement rehaussé l’image du football africain. Ces joueurs sont des ambassadeurs du jeu : ils attirent davantage d’investissements et inspirent les jeunes talents du continent. Certains, comme Demba Ba, investissent aussi dans le secteur (voir notre article de couverture).

Les partenariats internationaux : les acteurs africains recherchent activement des collaborations avec des partenaires internationaux pour multiplier les opportunités. Au Kenya, au Rwanda, au Maroc et en Afrique du Sud, des sommets consacrés à l’économie du sport et du football se sont tenus ces dernières années, réunissant responsables gouvernementaux, représentants des ligues et experts pour partager connaissances et bonnes pratiques (consultez notre agenda).

Tendances

Au-delà des tendances qui façonnent le marché du sport africain, l’économie du football sur le continent montre de nouveaux signes de dynamisme et de transformation, avec plusieurs grandes tendances qui orientent sa trajectoire :

Une commercialisation accrue : l’industrie du football africain connaît une nette hausse des contrats de sponsoring, des recettes publicitaires et des accords de droits médias (voir notre focus dans ce numéro). Cet afflux de capitaux offre aux clubs et aux championnats une occasion en or de générer des revenus, d’investir dans leur développement et d’élever le niveau général du jeu.

L’accent sur la formation des talents : la détection et la formation des talents prennent une place croissante. Clubs et sélections investissent de manière stratégique dans les réseaux de recrutement, les académies et des programmes complets de développement des joueurs, pour faire éclore la prochaine génération de stars.

L’Afrique a la population la plus jeune du monde — et, avec elle, les supporters les plus enthousiastes de la planète.

L’essor des paris sportifs : l’Afrique connaît une envolée sans précédent des paris sportifs ; le continent affiche la croissance du produit brut des jeux la plus rapide au monde.

La croissance de la technologie sportive : les investissements dans la sport tech progressent, avec des entreprises qui développent des solutions innovantes pour la détection des talents, l’engagement des supporters et l’analyse de la performance. Une tendance portée par la diffusion des technologies et la demande croissante d’analyses fondées sur les données dans l’industrie du sport.

Les opportunités

Derrière ces tendances positives et ce potentiel immense, l’industrie du football africain fait face à de nombreux défis, qui sont autant d’opportunités :

Les contraintes financières : beaucoup de clubs africains fonctionnent avec des moyens limités et une grande instabilité financière. Ce qui les empêche de rivaliser, d’investir dans la formation et de retenir leurs meilleurs talents.

L’opportunité : attirer les investissements en réglant les problèmes de gouvernance, en améliorant les infrastructures et en démontrant un engagement en faveur de pratiques durables.

Des infrastructures insuffisantes : malgré des progrès, certains pays africains manquent encore d’installations sportives adaptées, notamment de centres d’entraînement de qualité.

L’opportunité : poursuivre l’investissement dans des infrastructures sportives adaptées est crucial pour le football africain.

La gouvernance : les problèmes de gouvernance et la corruption au sein des fédérations et des instances dirigeantes minent le secteur, érodent la confiance du public et freinent le développement.

L’opportunité : promouvoir l’éthique, renforcer la gestion financière et garantir des processus équitables et démocratiques au sein des organisations du football.

Le potentiel ne suffit pas. Il faut l’exploiter, le cultiver et le gérer de manière stratégique pour qu’il génère des revenus.

La concurrence des championnats étrangers : les championnats africains subissent la rude concurrence de la Premier League anglaise et d’autres, qui attirent davantage de téléspectateurs et offrent de meilleures rémunérations.

L’opportunité : investir dans la formation, ouvrir aux joueurs africains des voies de réussite au pays et améliorer le niveau des championnats locaux peut aider à retenir les talents et à renforcer le football africain.

Le manque de formation au management du sport : l’insuffisance de l’enseignement en management du sport contribue à la mauvaise gestion et à la corruption dans le secteur.

L’opportunité : investir dans l’enseignement du management du sport et développer la recherche sur les modèles économiques efficaces peut améliorer la gouvernance et la gestion du football africain — notamment grâce à des formations spécialisées pour les dirigeants sportifs et à la promotion des bonnes pratiques en matière de gestion financière et de développement organisationnel.

Joueurs-investisseurs

Ces dernières années, une tendance marquante s’est dessinée dans le football africain : les stars africaines investissent de plus en plus dans des clubs.

Des joueurs de premier plan comme André Onana, Didier Drogba, Sadio Mané ou Demba Ba se sont lancés dans la propriété de clubs ou l’investissement. Cette tendance reflète le poids financier croissant des footballeurs africains et leur volonté de contribuer au développement du sport sur le continent.

Drogba, par exemple, a été impliqué dans le Phoenix Rising FC, équipe de l’United Soccer League (USL) aux États-Unis, en tant que joueur et copropriétaire, jouant un rôle clé dans le développement du club. D’autres joueurs, comme Demba Ba et Mohamed Elneny, ont aussi investi dans des équipes de football. André Onana a investi du temps et de l’argent dans une équipe féminine dans son Cameroun natal. Une tendance qui injecte des capitaux bienvenus dans le football africain, mais apporte aussi une expertise précieuse et des réseaux mondiaux au secteur.

À l’avenir, l’économie du football en Afrique s’annonce comme un paysage dynamique et en pleine évolution, au potentiel de croissance immense. Si des défis demeurent, le secteur s’ouvre à la commercialisation, investit dans la formation des talents et mise sur la technologie pour accélérer sa croissance et atteindre de nouveaux sommets.

Documentation

Sources et pour aller plus loin

Documents publics et articles de presse utilisés pour vérifier cet article. Les liens renvoient vers la source originale.

  1. 01

    Oliver Wyman : l’économie du sport africain

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  2. 02

    Banque africaine de développement : le sport et la croissance économique

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  3. 03

    ONU : la jeunesse de l’Afrique subsaharienne

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  4. 04

    PwC : Global Sports Survey 2024

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Version originale publiée en anglais dans Football Business Africa, numéro 01 · janv.–févr. 2025. Lire la version anglaise ↗