Depuis 2016, FIFA Forward finance des projets de développement du football dans le monde entier. Selon la FIFA, environ 2,8 milliards de dollars ont été mis à disposition lors des deux premiers cycles du programme ; les associations membres africaines ont utilisé leurs dotations pour des terrains, des académies et le renforcement de leurs capacités administratives. Cet article analyse l’effet de ces projets sur les infrastructures économiques du football sur le continent.
Les infrastructures, socle de tout progrès durable, ont été la priorité. À travers le continent, 169 nouveaux terrains ont été aménagés, offrant des surfaces de jeu de meilleure qualité, essentielles à l’éclosion des talents.
De la rénovation de stades emblématiques comme l’Antoinette Tubman Stadium au Liberia ou le stade Cheikha Boïdiya en Mauritanie à la pose de gazon synthétique dans les centres techniques du Botswana, du Lesotho et des Seychelles, le programme modernise les fondations mêmes du jeu.
La Côte d’Ivoire, récente championne d’Afrique, doit bénéficier d’un investissement de 4,3 millions de dollars dans son Centre technique national de Bingerville, qui accueillera toutes les sélections nationales.
Au-delà des infrastructures, le programme FIFA Forward joue un rôle déterminant dans la formation de la prochaine génération de talents africains, grâce à son soutien au football des jeunes. Le lancement au Sénégal de championnats nationaux de jeunes, dans plusieurs catégories d’âge, pour les garçons comme pour les filles, illustre cet engagement en offrant aux jeunes joueurs une filière structurée.
Dans la zone COSAFA, des pays comme les Comores et Madagascar ont fait des programmes jeunes une priorité stratégique, posant les bases de leurs succès futurs.
Le football féminin en a aussi largement profité. Le parcours du Maroc, de l’organisation de la CAN féminine à la qualification pour la Coupe du monde féminine de la FIFA, montre l’impact d’un investissement stratégique.
La création en Sierra Leone d’un nouveau championnat féminin de première division offre une plateforme essentielle aux joueuses.
En Afrique, plus de 10 000 filles et femmes ont participé à 36 compétitions lancées grâce aux fonds Forward, signe d’un engagement croissant en faveur de l’inclusion.
Parce qu’une administration solide est indispensable, le programme a soutenu de nombreuses initiatives de renforcement des capacités. Plus de 15 000 personnes issues des associations membres de la CAF ont bénéficié de 46 projets de formation, qui ont amélioré les compétences des dirigeants, des entraîneurs et des arbitres.
Aux Comores, des formations spécifiques ont été organisées pour ces acteurs clés, contribuant à professionnaliser l’environnement du football.
169 nouveaux terrains, 36 nouvelles compétitions féminines, 15 000 dirigeants formés — et ce n’est pas fini.
L’impact s’étend aux sélections nationales et aux compétitions.
Les Seychelles accueilleront la Coupe du monde de beach soccer de la FIFA 2025™ après avoir rénové leurs installations grâce aux fonds Forward, tandis que l’île Maurice a déjà organisé le Championnat féminin U17 de la COSAFA.
Des sélections comme les Comores, le Botswana ou l’Angola ont progressé au classement FIFA et attribuent leurs progrès aux initiatives de la FIFA, en particulier au programme Forward.
Le Cap-Vert a pu accueillir des matchs de qualification pour la Coupe du monde pour la première fois depuis deux décennies grâce à la rénovation de son stade national, preuve du rôle du programme dans l’élévation du niveau de jeu.
Les défis : les marges de progression
Malgré des succès considérables, le programme FIFA Forward se heurte aussi à des difficultés de mise en œuvre et d’impact en Afrique.
Premier problème notable : la sous-utilisation des fonds par certaines associations membres. La Côte d’Ivoire, par exemple, n’a utilisé que 50 % de sa dotation entre 2016 et 2022 — peut-être en raison de la difficulté à satisfaire les exigences du programme en matière d’exécution des projets.
Si les infrastructures et le soutien aux sélections reçoivent une attention considérable, le développement et la viabilité des clubs semblent comparativement moins soutenus de manière directe.
Les clubs africains sont souvent confrontés à l’instabilité financière, et s’ils profitent indirectement du programme Forward, des initiatives plus ciblées leur seraient utiles.
La lutte contre la corruption et la mauvaise gestion, freins majeurs au développement du football africain, est un autre domaine qui pourrait appeler une intervention plus directe. Si le programme insiste sur le contrôle, les initiatives anticorruption spécifiques y occupent une place moins visible.
Un investissement ne vaut que par la capacité à bien l’utiliser.
Par ailleurs, si le football féminin progresse, les écarts de financement et d’opportunités persistent à l’échelle des fédérations nationales. Garantir une répartition équitable des ressources et des compétitions régulières reste un défi.
Perspectives : un avenir plus radieux pour le football africain ?
Les évaluations du programme FIFA Forward soulignent son impact globalement positif, avec plus de
2,24 milliards de dollars investis directement dans les associations membres du monde entier entre 2016 et 2022. Cela s’est traduit par des résultats concrets, comme de nouveaux terrains et de nouvelles compétitions
. En Afrique, les projets financés par Forward ont contribué aux infrastructures sportives et au développement institutionnel.
Le lancement de FIFA Forward 3,0 (2023-2026), avec une hausse de près de 30 % des investissements, confirme un engagement durable envers le football africain. Chaque association membre pouvant désormais prétendre à 8 millions de dollars sur le cycle de quatre ans, le potentiel de progrès est considérable. L’un des axes majeurs de ce nouveau cycle est de contribuer à l’objectif mondial de la FIFA : augmenter la participation féminine.
Le programme FIFA Forward est indéniablement un puissant catalyseur du développement du football en Afrique. Ses investissements substantiels produisent des résultats tangibles dans des domaines essentiels.
Mais pour libérer pleinement le potentiel footballistique du continent, il faudra poursuivre les efforts : garantir une utilisation efficace des fonds, renforcer les structures des clubs, s’attaquer résolument aux défis de gouvernance et assurer un soutien équitable à tous les niveaux du jeu, en particulier au football féminin.
À mesure que FIFA Forward 3,0 se déploie, le football africain suivra de près la manière dont ce programme ambitieux continuera de façonner l’avenir du jeu sur le continent.
Sources et pour aller plus loin
Documents publics et articles de presse utilisés pour vérifier cet article. Les liens renvoient vers la source originale.
- 01
Rapport FIFA Forward
- 02
FIFA : rapport annuel 2025
- 03
Le programme FIFA Forward
- 04
FIFA Forward : la carte de l’impact
Version originale publiée en anglais dans Football Business Africa, numéro 02 · mars–avril 2025. Lire la version anglaise ↗





